Infovigilance : stratégie nationale contre la désinformation en santé

[2026-01-12] (Accès libre) La ministre de la Santé et de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie RIST, a annoncé le lundi 12 janvier 2026 le lancement de la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé.

Dans un environnement numérique marqué par une circulation rapide et massive de l’information, notamment via les réseaux sociaux, la diffusion d’informations fiables auprès des patients est indispensable. Cette stratégie vise à limiter les risques de désengagement des patients vis-à-vis des soins, à renforcer la prévention et à préserver la confiance envers les institutions sanitaires

La stratégie est annoncée et présentée dans un document de 6 pages. Elle s’appuie sur un rapport réalisé par des experts indépendants : le Professeur Mathieu MOLIMARD, chef de service pharmacologie au CHU de Bordeaux, la Professeure Dominique COSTAGLIOLA, professeure d’épidémiologie à l’INSERM, et le Docteur Hervé MAISONNEUVE, médecin de santé publique, missionnés par le prédécesseur de Stéphanie RIST, Yannick NEUDER.

Résultats des enquêtes réalisées

Le rapport

Le rapport de 68 pages, intitulé « Bilan des forces et des faiblesses Recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé », repose sur 156 interviews réalisées, impliquant 270 personnes entre fin août et fin novembre 2025, auprès d’agences sanitaires, d’associations, de l’assurance maladie, d’établissements de santé, de journalistes, de médias, de mutuelles, d’organismes nationaux de recherche, de partis politiques, de personnes de la société civile, de plateformes, de professionnels de santé, de scientifiques, de services de l’État, de sociétés savantes et d’universités.

Les experts constatent une forte augmentation de la désinformation en santé, liée notamment à une faible éducation scientifique, au manque d’esprit critique, à la viralité des réseaux sociaux et à la diffusion organisée de contenus trompeurs.

Ils soulignent la nécessité d’une meilleure coordination nationale, d’un accès facilité à une information fiable, de sanctions plus rapides et effectives contre les désinformateurs, ainsi que d’un soutien renforcé aux acteurs qui informent le public et font face à des attaques et du cyberharcèlement. Le rapport distingue les notions de « désinformation/mésinformation », information fausse, et de « mal-information », une information vraie et manipulée.

Recommandations émises

Tous s’accordent sur le fait qu’une réponse efficace repose sur une mobilisation collective et structurée, reposant sur 6 piliers : Éducation, Formation, Information, Détection, Sanctions et Recherche, et ainsi 9 recommandations structurantes :

  • Recommandation 1 : promouvoir l’éducation à l’esprit critique, à la science, à la santé et aux médias. Ceci dès le plus jeune âge.
  • Recommandation 2 : renforcer la formation à la science, à l’esprit critique, à la littératie numérique et à la communication, notamment des professionnels de santé (qui ne sont pas suffisamment préparés à la vulgarisation, la gestion des controverses…), des journalistes, et des acteurs publics.
  • Recommandation 3 : élaborer un plan public d’information et de lutte contre la désinformation dans chaque institution. Le rapport souligne l’impact du système SIGAPS qui, en récompensant financièrement le nombre de publications, pousse certains chercheurs et établissements à privilégier la quantité plutôt que la qualité, en publiant parfois dans des revues scientifiques peu exigeantes ou peu crédibles.
  • Recommandation 4 : développer et déployer un « Info-Score Santé ». Ce score permettrait une évaluation des sources d’information en Santé afin de guider le public, à l’image du Nutri-Score.
  • Recommandation 5 : créer un Observatoire de l’information en santé. Un point d’entrée public de l’information de santé fiable en France, qui serait doté d’une plateforme d’information en santé accessible par le portail Santé.fr modernisé, d’une IA générative conversationnelle, d’un annuaire d’experts et d’un système d’infovigilance.
  • Recommandation 6 : développer un système d’infovigilance au sein de l’Observatoire de l’information en santé. Cet Observatoire développerait des outils de détection afin d’analyser rapidement les contenus trompeurs. Un module de déclaration serait intégré dans le portail national de signalement, permettant de faire remonter les fausses informations observées susceptibles d’avoir un impact en santé.
  • Recommandation 7 : inverser le risque : sanctionner les désinformateurs et protéger les scientifiques.
  • Recommandation 8 : faire de l’infodémiologie une priorité de recherche via un PEPR (Programme et Équipement Prioritaire de Recherche).
  • Recommandation 9 : agir au niveau européen.

Recommandations retenues dans le cadre de la stratégie

Seule une partie des recommandations issues du rapport a été retenue.

Un comité de pilotage a été créé, réunissant experts et personnalités qualifiées tels que des institutions et des opérateurs d’État (ANSM Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, INSERM, ARS…) pour analyser les phénomènes de désinformation et définir des actions concrètes et structurer une mobilisation collective.

La stratégie s’articule ainsi autour de 4 axes détaillés avec leurs mesures associées :

  • Axe 1 : phase d’écoute et de consultations citoyennes. Des enquêtes et des études d’opinion sont en cours de réalisation afin d’évaluer la perception du public et d’identifier les attentes en matière d’information. On peut citer la tenue d’assises du numérique en santé le 18 février 2026.
  • Axe 2 : création d’un observatoire dédié de désinformation en santé (et non plus de l’information en Santé tel que mentionné dans le rapport). Il aura pour mission d’être l’opérateur de la démarche d’infovigilance, avec un rôle de veille, d’alerte, au quotidien et dans la durée, via la publication de baromètres, de revues de littérature, de travaux de recherche, etc., et vise en premier lieu le partage d’information avec les partenaires du ministère, les médias, les sociétés savantes / ordres et professionnels de santé. À noter que sa gouvernance et les modalités de garantie de son indépendance sont en cours de réflexion.
  • Axe 3 : mise en place d’un dispositif d’infovigilance en santé (à partir de mi-janvier 2026) pour détecter les fausses informations et y répondre avec des contenus fiables. Les analyses et réponses sont opérées par le Service Public d’Information en Santé (SPIS). Des outils de diffusion et de riposte sont également prévus. On notera la création d’un espace « Décryptages » qui fournit les réponses aux fausses informations qui circulent et permet aux usagers d’interroger des experts sur une information en santé jugée douteuse, la plateforme permet d’envoyer la question sans réponse immédiate.

  • Axe 4 : bâtir un socle de confiance propice à l’information en santé

La proposition d’« Info-Score Santé », quant à elle, n’a pas été retenue. Le calendrier 2026 termine la présentation de la stratégie nationale.

Conclusion

Ce sujet ne concerne pas que la France : on notera par exemple que l’Australie a également mis la lutte contre la désinformation dans son plan de conformité 2026-2027.

Cette stratégie nationale ne peut qu’aider les fabricants, qui se retrouvent parfois démunis face à de la désinformation concernant les (ou leurs) produits. Cette stratégie contribue à une meilleure prévention des risques liés à l’information et à la préservation de la confiance des patients dans les produits de santé.

Article rédigé par Lam-Xé NOEL, Directrice Générale de DM Experts SAS

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